24 avril 2026
La musique : un outil de performance et de santé
Qui n’a jamais écouté de musique ? Que ce soit pour se détendre, danser, se motiver ? Presque personne. Nous sommes pour la plupart tous sensibles à la musique, elle nous génère des émotions, parfois joyeuses, tristes, ou émouvantes. En plus de faire ressentir des émotions, elle permet d’améliorer nos capacités fonctionnelles, physiques, ou cognitives.
I. Musique et performance
Prenons par exemple dans le monde de la performance, que ce soit aux Jeux Olympiques ou dans des compétitions amateures, il n’est pas rare de retrouver des sportifs écouter de la musique avant un effort pour se motiver, se mettre dans sa bulle, ou se concentrer. Summer McIntosh, nageuse triple championne olympique et octuple championne du monde, explique l’importance de la musique dans sa vie d’athlète : « La musique joue un rôle énorme dans le plaisir que je prends à pratiquer mon sport […]. Les morceaux rapides et entraînants me motivent avant un entraînement ou une compétition [...]. Les chansons plus douces m’aident à me relaxer avant de dormir. » (Interview à Apple Music).
Il en est de même pendant l’effort, où la musique est très largement utilisée dans les disciplines de longue distance (marathon, ultra trail). Par exemple, sur cette photo : Tom Evans, vainqueur de l’ultra trail du Mont-Blanc (UTMB) 2025, une course de 170km et 10 000m de dénivelé positif, parcourt pendant près de 20h d’effort avec de la musique. Et ce n’est pas le seul. Selon l’enquête de Campus Coach, 69% des coureurs utilisent la musique lors de leur sortie (panel de 13015 coureurs, enquête sur les activités réalisées d’avril 2024 à mars 2025).


Mais pourquoi la musique est-elle autant utilisée au point de devenir indispensable pour certains sportifs/athlètes ?
Ce que dit la science :
Une récente méta-analyse basée sur 3599 participants a démontré une amélioration du plaisir ressenti ainsi qu’une diminution de la consommation d’oxygène (Terry et al., 2019). Ces bénéfices s’ajoutent à la liste d’autres bénéfices tels qu’une augmentation des performances, de l’endurance, des capacités physiques et musculaires, associés à diminution de la perception d’effort (Karageorghis & Priest, 2011).
En outre, l’ensemble de ces effets permettent de justifier l’apport de l’écoute de musique lorsque nous pratiquons une activité physique, au point d’être interdit lors de grandes compétitions internationales. En effet, World Athletics, la fédération sportive internationale d’athlétisme, interdit depuis le début des années 2000 l’écoute de musique lors des compétitions élites, allant jusqu’à même à décrire son utilisation comme du dopage technologique (site World Athletics).
Aujourd’hui, peu de doutes subsistent sur l’importance de la musique sur les performances des sportifs. Mais une question peut néanmoins subsister ? Quels sont les effets de la musique sur la santé ?
II. Musique et santé
Le lien entre santé et musique est largement documenté et mis en évidence dans la communauté scientifique. Une récente revue systématique menée par Viola et al. (2023) a observé que la musique, écoutée et pratiquée, favorise le fonctionnement cognitif et psychosocial chez des personnes saines de plus de 40 ans, avec une diminution des symptômes dépressifs et d’anxiété chez des adultes atteints de démence ou troubles cognitifs (Salihu et al., 2024). Concernant le côté physique, la musique occupe également une place importante, notamment dans la maladie de Parkinson. Plusieurs études ont démontré une amélioration de l’équilibre, de la fonction motrice, et également une diminution du freezing (blocage dans la marche ; Zhou et al., 2021).
Alors pourquoi la musique améliore significativement la marche ? L’explication est sur le schéma ci-dessous. A gauche est représentée l’initiation de mouvements. La prise de décision débute au cortex préfrontal, puis le mouvement est régulé via les ganglions de la base. Néanmoins, la maladie de Parkinson présente un déficit du nombre de ces ganglions, provoquant les symptômes typiques de la maladie (tremblements, rigidité, lenteur..).
Mais lorsque l’on écoute de la musique, le mouvement peut être initié autrement, à partir du cortex auditif en passant par le cervelet, qui permet la motricité fine. En d’autres termes, l’écoute de musique permet d’activer d’autres voies cérébrales, qui ne sont pas affectées, pour exécuter plus fluidement le mouvement souhaité.

III. Les limites de la musique
Ces observations pourraient laisser supposer qu’il suffit de dire aux patients d’écouter de la musique en marchant, mais ce n’est pas suffisant. En effet, une étude de Cochen de Cock et al. (2018) a montré que, si le tempo de la musique n’est pas similaire à la cadence de marche du patient, alors les bénéfices peuvent se montrer limités. Dans une étude où l’équipe de recherche a demandé à 39 patients de marcher avec des morceaux musicaux issus de marches militaires à un tempo 10% supérieur à la cadence de marche, les résultats ont montré que 17 patients ne bénéficiaient pas d’une amélioration significative de leur vitesse. Les principales conclusions reposaient sur les compétences rythmiques, qui sont différentes d’un patient à l’autre et qu’une adaptation du tempo musical à la cadence de marche pourrait améliorer la réponse de ces patients à la musique.
IV. beatMove – un dispositif musical d’aide à la marche
Dans ce contexte, notre dispositif innovant, dénommé beatMove, issu d’un projet européen (https://cordis.europa.eu/project/id/610633/fr) et désormais commercialisé par BeatHealth, a permis d’optimiser la musique en l’adaptant directement à la cadence de marche du patient. Il s’agit d’une application sur smartphone dédié qui diffuse de la musique dont le tempo est automatiquement ajusté en fonction de la cadence de marche de l’utilisateur. L’objectif est dans un premier temps de stabiliser la locomotion de l’utilisateur, puis d’augmenter progressivement sa vitesse afin de l’inciter à se rapprocher le plus précisément possible de sa cadence optimale (jusqu’à 10% supérieure à la cadence de marche initiale) (Dotov et al., 2019). Si l’utilisateur ne parvient pas à augmenter sa cadence de marche, le tempo se réadapte en fonction de ses capacités propres.
Dans une première étude avec pour protocole 5 séances de 30 minutes de marche pendant 4 semaines mené sur 45 patients atteints de la maladie de Parkinson, l’utilisation de beatMove a montré une amélioration significative de la vitesse de marche, de la cadence et de la longueur des pas chez ces patients, ainsi qu’une diminution du nombre de chutes. Ces effets ont également été observées tant au cours d’une même séance qu’entre elles (Bourdon et al., 2025). Des améliorations sur le plan psychologique ont également été remarquées dont une diminution de la peur de chuter et une augmentation de la qualité de vie (Cochen de Cock et al., 2021).
Aujourd’hui, beatMove est utilisé par plus de 400 patients dont certains le considèrent comme leur compagnon de marche. L’utilisation de cet outil permet à un grand nombre de personnes de faciliter la pratique d’activité physique tout en augmentant le plaisir ressenti.

Antoine Dufourneau
Antoine Dufourneau est doctorant en Sciences du Mouvement et réalise une thèse intitulée : "Influence de la stimulation auditive rythmique sur la résilience des personnes âgées au cours de la marche".